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Les Bishnoïs s'exposent dans le métro parisien

 
Expositions

 






Jusqu'au 14 juin 2011, le peuple indien des Bishnoïs est à l'affiche dans le métro de Paris, station Montparnasse. Sur les murs du tunnel à tapis roulant entre la gare SNCF et les lignes 4 et 12 de la RATP, une fresque photographique géante, de 135 mètres de long sur 5 de haut, leur est dédié avec des photographies de Franck Vogel et des textes d'Irène Frain.

Cette excellente initiative sensibilise et associe les thématiques du voyage et de la protection de l'environnement. Les Bishnoïs sont environ 800 000 et vivent au nord de l’Inde entre le Rajasthan et le Penjab. Ils sont le plus ancien peuple écologiste du monde. Pour en parler plus concrètement, j'ai contacté Franck Vogel, initiateur du projet et premier occidental à s’être fait accepter par cette communauté.


Photojournaliste, Franck Vogel travaille pour la presse internationale (GEO, Newsweek, Le Monde magazine, NRC Weekblad, Animan...) sur des sujets sociaux et environnementaux.


++ Bonjour Franck, peux-tu commencer par nous décrire ton parcours ?

Après mon diplôme d'ingénieur de l'AgroParisTech et quelques mois dans une grande société de consulting américaine, je décidé début 2002 de partir une année autour du monde en stop. Lors de ce voyage initiatique, je voulais rencontrer l'Autre, faire des images et découvrir différentes formes de spiritualités. J'ai appris la méditation dans un monastère bouddhiste dans l'Himalaya indien et en septembre 2002, dans un monastère au Nord de la Birmanie, j'ai eu la révélation : je n'ai qu'une vie et ce que j'aime c'est la photographie.

++ Quelle est ta philosophie du voyage ? Quel pays t'as le plus marqué ?

Ma philosophie n'est autre que la rencontre de l'autre et le partage. C'est ce qu'on oublie beaucoup trop aujourd'hui dans nos sociétés civilisées... Beaucoup de pays m'ont touché, mais je pense que les Birmans arrivent en première position de part leur gentillesse et leur sourire malgré l'oppression qu'ils subissent quotidiennement.

++ Qu'est-ce qui caractérise le peuple Bishnoï ?

Considérant animaux et arbres comme des membres de leur famille – tout particulièrement les antilopes noires, qu’ils considèrent comme leur fils – les Bishnoïs du Rajasthan en Inde leur apportent soin et affection depuis plusieurs siècles. Dans un monde où les problèmes environnementaux sont toujours plus d’actualité, les Bishnoïs et leurs traditions ancestrales ont certainement quelque chose à nous apprendre.

Souvent connu comme les « premiers écologistes », ils suivent les 29 préceptes édictés en 1485 par leur gouru Jambheswhar, fondateur de la foi Bishnoï – Bish venant de 20 et Noi de 9 en Hindi. Plusieurs de ces règles sont directement liées à la protection de l’environnement. En effet, chaque famille plante régulièrement des arbres, n’utilise que le bois mort pour ses besoins, construit un réservoir pour conserver l’eau de pluie et dédie une part de sa récolte à ses enfants (antilopes, gazelles, paons, pigeons,…) afin de maintenir l’équilibre dans le désert.

Leur engagement est tel que ces végétaliens stricts soignent les animaux malades ou blessés et se refusent d’apprivoiser les chiens de peur qu’ils s’y attaquent. Les femmes Bishnoïs sont connues pour allaiter les faons orphelins, tandis que beaucoup d’hommes sont morts pour avoir tenté de sauver les gazelles des braconniers.


Danu Ram vient de nourrir au biberon ces 2 faons orphelins, qu'il considèrent comme ses enfants. Il les a sauvé d'une meute de chiens. Leur mère n'apas survécu. - Crédit Photo et légende : Franck Vogel


++ De quelle manière as-tu pu entrer en contact avec eux ? Et comment s'est passée la rencontre ?

Au départ, je pensais que cette communauté de premiers écolos n’était qu’un simple « attrape touriste», mais en creusant cela s’est révélé faux. Derrière les façades, il y avait un peuple très préservé qui continue de vivre en totale symbiose avec l’environnement et les animaux sauvages.

Grâce à de multiples rencontres, j’ai eu accès à des personnes très influentes dans la communauté, qui m’ont présenté lors d’un festival religieux dans le désert en mars 2007 devant 70 000 Bishnoïs venus prier et honorer leur prophète, Jamboji. Je me suis engagé auprès d’eux à promouvoir leur philosophie environnementale à travers le monde dans des publications, expositions, conférences,… en précisant bien qu’ils ne voulaient pas d’un afflux de touristes.

Au départ réticents, ils ont été touchés par mon discours et m’ont finalement ouvert les portes avec une autorisation de photographier sur tous les lieux saints. J’ai eu un accès très privilégié et suis le premier étranger réellement accepté par la communauté. J'y ai passé trois séjours de deux mois entre mars 2007 et avril 2008.

Fin 2008, lors de rencontres avec les magazines internationaux au festival Visa pour l’image à Perpignan, j’ai pris conscience que je pouvais réellement honorer mon engagement. En effet, beaucoup d'entre eux ont très vite été intéressés et c’est finalement GEO qui a obtenu l’exclusivité pour la France (publication dans le numéro spécial 30 ans de mars 2009). Par ailleurs, les organisateurs du Forum international du développement durable (décembre 2008) à Courchevel m’ont invité à présenter le projet (conférence, et exposition du 11 décembre 2008 au 25 avril 2009) et m’ont donné l’opportunité d’inviter Khamu Ram Bishnoï, qui se bat contre le plastique, pour une intervention lors d’un débat.

++ As-tu une anecdote, un souvenir, à nous faire partager sur ton passage dans cette communauté ?


Comme les Bishnois se lavent tous les jours avant le lever du soleil, j'en faisais de même...Tout au début en 2007, j'étais un peu gêné quand je me lavais dans la cour avec un pagne blanc autour des hanches et entouré de 10 enfants me fixant... C'était bizarre, mais au bout de quelques jours j'étais devenu un membre de la famille.

++ Je crois savoir que tu as créé une asso ? Quel est son objectif ? Comment peut-on y adhérer ?

Les objectifs de l'association sont:
- Communiquer sur la culture Bishnoï pour susciter une évolution de nos comportements, par une relation plus respectueuse entre l’homme et la nature.
- Sensibiliser aux problématiques du Développement Durable et favoriser les initiatives et projets concrets de développement durable au sein de communautés locales à travers le monde.
- Donner des moyens complémentaires pour aide les Bishnoïs à répondre aux enjeux d’évolution liés à la modernisation de leur société.



Lors du festival de Mukam, les pèlerins libèrent le sable au sommet des dunes afin de les agrandir et ainsi bloquer l'avancée du désert. Photo et légende : Franck Vogel



La problématique majeure est de lutter contre la pollution liée aux sacs plastiques. L’objectif est de s’associer avec l’ONG de Khamu Ram Bishnoi, qui se bat depuis 2005 contre le plastique, et de l’aider à fabriquer et mettre en place des poubelles ainsi qu’à en gérer la collecte.

Dans un deuxième temps, nous souhaiterions créer une usine de recyclage des sacs plastiques afin de les transformer en billes, qui seraient revendues à l’industrie automobile par exemple. Toutes les personnes et entreprises souhaitant apporter leurs expertises et/ou leur aide sont les bienvenues.

Pour adhérer, la cotisation est de 5€
Plus d'info: http://planet-bishnoi.org/

++ A propos de la fresque. Qui a eu cette belle idée ? Comment s'est elle mise en place ? Pourquoi dans le métro ? La verra-t-on dans d'autres villes ?

En travaillant avec la RATP sur mon projet d'expo Bishnoi dans la station RER Luxembourg, le responsable me propose fin décembre d'ajouter le corridor à Montparnasse dans lequel les travaux sur le tapis roulant finissaient début avril. Il fallait donc trouver très rapidement les partenaires financiers pour la réalisation technique et graphique. Le Ministère de l’Écologie, du Logement, des Transports et du Développement Durable, l'Office de Tourisme de Saint-Brieuc et les éditions Michel Lafon ont décidé de soutenir l'opération.

Les transports en commun sont ce qu’il y a de mieux en matière de développement durable : ils évitent de prendre un véhicule personnel. Ces photos serviront à faire rêver et réfléchir le voyageur. Si elles peuvent contribuer au changement des comportements, j’en serai ravi.

L'opération va se poursuivre dans la station RER Luxembourg à partir de mi juillet jusqu'à mi janvier 2012, puis dans le Métro à New Delhi en Inde.

++ Quel est ton prochain projet ? Et ta prochaine destination ?

Je suis en train de finir un livre sur la situation des Albinos en Tanzanie, qui sortira en février 2012 aux éditions Michel Lafon. J'ai aussi des projets en Amérique du Sud et au Moyen Orient.

Merci Franck pour toutes ces réponses. Félicitations pour ce magnifique travail photographique, et encore bravo pour ton engagement à cette juste cause.


Quant à vous chers voyageurs souriants, si vous n'avez pas l'occasion de déambuler dans le métro de Paris, voici la vidéo de présentation de cette magnifique fresque.
Station Montparnasse, jusqu'au 14 juin.




Publié par Charly Guérin le 18/05/2011
Inde

 
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